Newsletter n°14

L'idéologie du progrès

à l'épreuve du discernement

Par Véronique Salman
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La séduction du progrès

Vous connaissez cette phrase de François Rabelais, médecin, écrivain et immense humaniste de la Renaissance ? Dans Pantagruel, publié en 1532, Gargantua adresse à son fils, alors étudiant à Paris, une lettre dans laquelle il l’encourage à acquérir toutes les connaissances de son temps. Au cœur de cette célébration du savoir, il glisse un avertissement qui résonne encore aujourd'hui :

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

Rabelais est l’un des plus ardents défenseurs du savoir. Sa phrase ne nous demande pas de renoncer à découvrir, à inventer ou à soigner. Elle rappelle qu’une connaissance n’indique jamais, à elle seule, ce que nous devons en faire.

Près de cinq siècles plus tard, nous savons réparer des organes, remplacer des articulations, modifier un visage, retarder certains effets de l’âge, agir sur la fertilité, transformer des caractéristiques sexuelles, intervenir sur le génome. Ces avancées soulagent d’innombrables souffrances. Elles déplacent aussi les frontières du possible.

Or chaque nouvelle possibilité transporte avec elle une persuasion silencieuse. Puisque nous savons le faire, nous devrions pouvoir le faire. Puisque nous le voulons, nous aurions nécessairement raison de le faire. Puisque la technique peut modifier une réalité qui nous déplaît, l’accepter deviendrait presque une défaite. C’est ici que commencent mes deux questions du mois :

Pouvons-nous faire tout ce que nous voulons dès lors que nous savons techniquement le faire ?
La faisabilité d'un projet suffit-elle à justifier sa mise en œuvre ?

Je ne fais pas ici le procès du progrès. Comment le pourrais-je ? La médecine sauve, répare, soulage et rend de l’autonomie. La chirurgie réparatrice et reconstructrice redonne un visage après un accident, reconstruit un sein après un cancer, corrige une malformation et répare les conséquences d’une violence. Les prothèses permettent de remarcher, j'en suis la preuve vivante avec mes deux hanches en titane. Les traitements hormonaux peuvent apaiser des symptômes et améliorer la qualité de vie. La technique nous délivre parfois d’une fatalité qui, autrefois, aurait réduit toute une existence.

Mais, le progrès peut devenir une idéologie lorsqu’il cesse d’être un moyen et se transforme en réponse préalable à la question. Il ne nous aide plus seulement à agir, il nous empêche parfois de penser ce que nous demandons à l’action.
L’idéologie du progrès repose sur plusieurs confusions, notamment lorsqu'il s'agit de confondre :
  • Ce qui est techniquement possible avec ce qui est humainement souhaitable.
  • Le soulagement d’une souffrance avec la disparition de son origine.
  • La liberté de choisir avec l’obligation de se transformer.
  • Une limite avec une oppression.
  • Une modification du corps avec une transformation de toute la vie psychique.
Et l’intelligence artificielle ?
Impossible d’interroger aujourd’hui l’idéologie du progrès sans évoquer l’intelligence artificielle. Elle nous permet déjà d’écrire, de créer des images, de traduire, de synthétiser, d’analyser, de chercher et de trouver très vite des réponses — du mode d’emploi d’un aspirateur aux remèdes contre les pucerons sur les salades —, de conseiller et parfois même de décider plus vite que nous ne le ferions seuls. Et ses possibilités ne cessent de s’étendre.

Là encore, la question n’est peut-être pas de savoir si nous sommes pour ou contre le progrès. Elle est de savoir ce que nous choisissons d’en faire. Car à mesure que la machine devient capable de réaliser certaines tâches à notre place, plusieurs questions éthiques apparaissent :

Que voulons-nous continuer à penser, choisir, créer et assumer nous-mêmes ?
À partir de quand l’outil, qui augmente nos possibilités, risque-t-il aussi de diminuer l’exercice de certaines de nos facultés ?
Et comment profiter de cette extraordinaire avancée sans lui abandonner progressivement notre discernement ?

L’Intelligence artificielle nous oblige peut-être à reformuler la question qui traverse toute cette newsletter : ce n’est pas parce que nous pouvons déléguer quelque chose que nous devons nécessairement le déléguer. Le sujet est immense. Je lui consacrerai prochainement une newsletter à part entière.

Enfin, dans cette logique de l'idéologie du progrès, le corps devient aussi l’un des derniers territoires à conquérir. Il n’est plus seulement ce qui nous permet de sentir, de désirer, de rencontrer, de nous déplacer et de vivre. Il devient un projet à corriger, optimiser, contrôler, rajeunir ou mettre en conformité avec l’image que nous voudrions donner.

Le corps devenu projet

Pendant des siècles, le corps a été largement vécu comme un destin. Nous naissions avec une morphologie, un sexe, une couleur de peau, une taille, des traits, une santé plus ou moins robuste. Nous pouvions nous vêtir, nous coiffer, nous muscler, nous maquiller, jouer avec les codes du masculin et du féminin. Le travestissement lui-même ne signifiait pas nécessairement une remise en cause de l’identité sexuelle de la personne. La marge de transformation corporelle demeurait limitée.

Aujourd’hui, cette marge s’est considérablement élargie, surtout dans la dimension esthétique. Nous pouvons à l'envi redessiner un nez, augmenter ou diminuer une poitrine, liposucer des cuisses, retendre une peau, effacer des rides, modifier une mâchoire, densifier des cheveux, injecter des volumes selon les modes, agir sur les hormones et transformer certaines caractéristiques sexuelles.

Cette liberté nouvelle peut être heureuse. Une intervention réfléchie, réaliste et bien accompagnée peut réparer une gêne ancienne, une disgrâce, et permettre de mieux s’intégrer socialement et de ressentir un véritable mieux-être. Le problème n’est donc pas la transformation en elle-même. Il apparaît lorsque la transformation devient la seule langue disponible pour répondre au malaise.

Le marché de l’apparence n’a aucun intérêt à ce que nous nous réconciliions durablement avec notre corps. Il prospère sur l’écart entre ce que nous sommes et ce que nous pensons devoir être. Les réseaux sociaux accentuent cet écart. Les visages filtrés finissent par paraître plus normaux que les visages réels. La peau vivante semble imparfaite face à la peau lissée. Le vieillissement devient une négligence. La singularité devient une anomalie.

À force de pouvoir intervenir, nous risquons de ne plus savoir habiter notre corps et notre singularité. Or nous ne possédons pas seulement un corps. Nous sommes aussi ce corps, avec son histoire, ses sensations, ses limites, ses traces, ses transformations et la manière dont il a été regardé par les autres, par nos proches. Notre corps reste un héritage, une ressemblance, une appartenance, une affiliation, un investissement affectif de nos familles, un attachement profond.

Le bistouri et l'amour de soi
Dans Je me libère du passé, comprendre ses erreurs pour ne plus les répéter, j’ai proposé une équation de l’estime de soi. Elle réunit la confiance en soi, l’amour de soi et l’image de soi. Ces trois dimensions communiquent entre elles. Elles ne sont pourtant pas interchangeables et je remets en perspective la fameuse équation qui me vaut aujourd'hui 436 000 vues, notamment sur Instagram.


ES = CS + AS + IS

Estime de soi
=
Confiance en soi
(ce que je sais ou sens que je peux faire)
+
Amour de soi
(mon sentiment d'être quelqu'un de bien)
+
Image de soi
(l'image que j'ai de moi,
celle que je voudrais donner de moi
et celle que les autres ont de moi)


Il y aura toujours un praticien pour répondre à une demande de modification de notre aspect. Nous ne pouvons pas demander au médecin d’exercer à notre place tout le discernement nécessaire face à nos désirs de transformation. Nous aimons l'idée qu'une intervention chirurgicale agisse sur l’image que nous avons de nous-mêmes. Elle peut aussi modifier l’image que nous pensons renvoyer mais jamais elle ne pourra créer automatiquement l’amour de soi. Elle ne répare pas, à elle seule, une enfance marquée par l’humiliation, un sentiment d’abandon, la peur de ne pas être désirable, le besoin d’être validé ou la conviction de ne jamais être assez.

Le risque apparaît lorsque nous demandons au corps de résoudre un conflit qui ne se trouve pas entièrement dans le corps. Une personne peut se faire opérer et se sentir réellement mieux. Une autre peut déplacer aussitôt son insatisfaction vers un nouveau détail. Une troisième découvre que le regard de l’Autre n’a pas changé comme elle l’espérait. Une quatrième obtient exactement le résultat demandé et continue pourtant à ne pas s’aimer.

La dysmorphophobie illustre la forme la plus douloureuse de ce décalage. La personne se préoccupe de manière envahissante d’un défaut inexistant ou minime. Corriger la zone concernée n'améliore généralement pas la représentation psychique qui entretient la souffrance. D’où l’importance du discernement et d’une évaluation attentive lorsque la demande de chirurgie devient répétitive, urgente ou disproportionnée.
Avant une transformation, quelques questions simples :

  • Qu’est-ce que j’espère réellement obtenir après cette intervention ?
  • Qu’est-ce que je pense que les autres verront, diront ou feront différemment ?
  • Est-ce mon désir ou est-ce la tentative de satisfaire un idéal imposé par un regard, une époque ou un groupe ?
  • Que se passera-t-il si le résultat est techniquement réussi et que mon malaise demeure ?
  • Puis-je supporter un temps de réflexion sans vivre ce délai comme une négation de ma souffrance ?
  • Est-ce que je cherche à choisir ou à faire taire au plus vite quelque chose sur laquelle je n'arrive pas à réfléchir de manière distanciée ?
Ces questions ne visent pas à empêcher. Elles rendent la décision plus éclairée. Penser avant d’agir n’est pas renoncer à agir. C’est cesser d’être uniquement poussé par l’urgence.

Se transformer pour devenir soi ?

Se transformer peut permettre de rapprocher son apparence, sa vie sociale et le sentiment intime de son identité. Les progrès techniques, médicaux et sociétaux rendent aujourd’hui ce chemin possible.

Dans certaines histoires, le projet de transformation remplit également d’autres fonctions. Il peut aider à quitter une place devenue insupportable, à échapper à une représentation dévalorisée de son sexe, à réparer une blessure ou à rendre possible une vie affective et sexuelle que l’on ne parvient pas encore à assumer autrement.

La psychanalyse n’a pas à déterminer laquelle de ces motivations serait la vraie, la bonne. Elle offre le temps nécessaire pour comprendre ce qui est recherché dans cette démarche et ce qui est attendu du changement envisagé.
Lorsqu’une personne souhaite être reconnue socialement sous un autre genre, la médecine peut expliquer ce qu’elle sait faire, avec quels effets, quelles limites et quels risques. La psychanalyse ouvre un autre champ de réflexion, destiné à comprendre ce que cette personne cherche à quitter et ce qu’elle espère rejoindre. Les questions ne manquent pas :
  • Quelle appartenance souhaite-t-elle trouver ?
  • Qu’attend-elle de la reconnaissance sociale de son identité ?
  • Que signifie, pour elle, être une femme ou un homme ?
  • Quelle histoire intime ces représentations contiennent-elles ?
  • Quelle part revient au rapport au corps, à la sexualité, au regard social, à l’histoire familiale ou au désir d’être aimée ?
  • Qu’espère-t-elle voir changer dans sa vie au-delà de son apparence ?
  • Et que devra-t-elle encore élaborer si la transformation corporelle ne suffit pas à produire l’apaisement attendu ?
Ces questions ne contiennent pas leur réponse. Elles permettent précisément de ne pas la décider à la place de la personne et de pouvoir questionner sans disqualifier.

Je ne conteste ici ni la réalité du vécu trans, ni le droit d’un adulte à décider de son corps et de son existence. Pour certaines personnes, la transition constitue un chemin longuement élaboré vers davantage de cohérence intérieure. Elle peut soulager une souffrance profonde et permettre de vivre plus justement, plus librement, plus conformément au sentiment de soi.
La transidentité ne peut être réduite à un traumatisme, à une homosexualité cachée, à une relation parentale, à une haine du corps ou à une explication psychique unique. Cela n’exclut évidemment pas que l’un ou plusieurs de ces éléments puissent être présents dans une histoire singulière. Affirmer le contraire serait simpliste et cliniquement infondé.

Je refuse toutefois l’idée inverse selon laquelle poser des questions serait devenu illégitime dès lors qu’une technique permet d’agir sur le corps. Respecter une personne ne consiste pas à renoncer à penser avec elle. La psychanalyse n’est pas un tribunal des identités. Elle n’a pas à décider qui quelqu’un est réellement.
Elle peut, en revanche, aider à distinguer ce qui relève de l’identité, de l’expression sociale, de l’orientation sexuelle, du rapport au corps, du désir de réparation, de la peur, de la filiation ou du regard de l’Autre. Elle permet aussi d’examiner les conséquences concrètes d’une transformation majeure.

Car si une décision corporelle appartient à la personne qui la prend, ses effets, eux, s’inscrivent nécessairement dans un réseau de relations. Les proches ne disposent d’aucun droit de veto sur le corps ou l’identité d’un adulte. Ils possèdent néanmoins leur propre vie psychique, une mémoire de la relation, un désir et une temporalité qui ne peuvent se transformer sur commande. C’est à cet endroit précis que commencent les histoires cliniques que je souhaite partager.

Quatre histoires singulières
Je pense à de jeunes personnes, dont tous les éléments susceptibles de permettre l’identification sont ici modifiés. Ce n’est pas leur identité que le travail analytique cherchait à contester. Ces patients venaient parce qu’ils souffraient de tensions corporelles, affectives ou relationnelles liées à leurs choix, à la manière dont ceux-ci avaient été mis en œuvre ou à ce qu’ils demandaient à leur entourage.

Certains n’ont jamais remis en cause leur projet de transformation. Ils ont eu besoin de mieux le comprendre, de l’inscrire dans leur histoire et de mesurer ce qu’il engageait. Une autre personne a finalement choisi une voie différente. Aucun de ces cas ne prouve quoi que ce soit sur la transidentité en général. Ils nous invitent seulement à entrer dans la complexité de quelques histoires particulières.

1. Une identité sociale masculine et une intimité vécue au féminin
Une jeune personne née fille souhaitait être reconnue socialement comme un garçon. Son apparence, son style et sa présentation avaient été transformés. Elle souhaitait être appelée par un prénom masculin. Elle ne désirait pas, à ce moment de son histoire, s’engager dans une transition médicale. Une présentation sociale masculine lui paraissait suffisante.
Lorsqu’elle apparaissait avec sa compagne, leur couple était généralement perçu comme hétérosexuel. Cette lecture sociale lui convenait et produisait même l’effet recherché.

Dans l’intimité, elle souhaitait pourtant préserver une sexualité qu’elle-même rattachait à une relation entre deux femmes. La question n’était donc pas de déterminer ce qu’elle était vraiment, mais de comprendre pourquoi ces deux positions lui étaient simultanément nécessaires.

Que rendait possible le masculin dans l’espace social ? Que protégeait-il ?
Que représentait, pour elle, le fait d’apparaître publiquement comme une femme homosexuelle ?
Pourquoi une part du féminin devait-elle, dans le même temps, être préservée dans l’intimité ? Et surtout, qu’était-il demandé à sa compagne pour que cette organisation puisse tenir ?

L’adoption d’une identité sociale masculine ne résolvait pas automatiquement toutes les tensions de la vie amoureuse. La partenaire devait elle aussi pouvoir comprendre la place qui lui était assignée, la manière dont leur couple serait présenté et la façon dont leur sexualité serait désormais vécue et nommée.
Des demandes devenues difficiles à concilier ont finalement contribué à leur rupture. Même par amour, nous ne pouvons pas toujours habiter durablement une relation qui exige de nous une organisation psychique devenue réversible selon les circonstances dictées par autrui.

2. Femme dans l’intimité, homme dans la famille et le travail
Une autre personne, née garçon, se présentait comme une femme dans sa vie amoureuse et amicale, tout en souhaitant conserver une identité masculine dans son milieu familial et professionnel.
Elle ne vivait pas cette alternance comme un mensonge. Ce cloisonnement lui permettait de préserver plusieurs dimensions essentielles de son existence. La féminité donnait une place à une part d’elle-même longtemps tenue à distance. La présentation masculine préservait la continuité de son histoire familiale, sa situation professionnelle et la protégeait d’une exposition qu’elle redoutait.

La difficulté s’est manifestée dans la relation amoureuse. Sa compagne acceptait de la reconnaître comme femme. Elle éprouvait toutefois un trouble lorsque cette reconnaissance semblait devoir redéfinir sa propre orientation sexuelle, son désir et la manière dont leur couple serait désormais nommé. La question n’était donc plus seulement :

Qui suis-je ?

Elle devenait aussi :

Qui demandes-tu à l’Autre de devenir pour que ton identité puisse être reconnue comme tu le souhaites ?

Sa compagne pouvait respecter son identité sans parvenir immédiatement à modifier la représentation qu’elle avait de son propre désir. Reconnaître l’Autre ne signifie pas nécessairement pouvoir se redéfinir soi-même au même rythme que lui.
Cette question ne concerne d’ailleurs pas uniquement la transidentité. Elle surgit chaque fois qu’une transformation profonde de l’un des partenaires vient modifier la définition du couple, la sexualité, le projet familial ou la place que chacun pensait y occuper.
L’Autre peut accueillir une évolution sans être psychiquement capable d’en absorber immédiatement toutes les conséquences.

3. Être reconnu comme homme et vouloir porter un enfant
Une personne née fille se présentait socialement comme un homme. Elle envisageait une transformation de sa poitrine, tout en exprimant le désir de porter un jour un enfant.
Son entourage percevait cette aspiration comme contradictoire. Certains y voyaient la preuve qu’elle n’était pas vraiment un homme. Elle ne le vivait pas ainsi. À ses yeux, être reconnu comme homme et conserver la capacité de mener une grossesse ne s’annulaient pas. La grossesse ne signifiait pas nécessairement redevenir une femme. Elle représentait la possibilité de devenir parent à partir de son propre corps.
Son identité de genre et cette capacité corporelle appartenaient, dans son esprit, à deux registres différents.

Il ne s’agissait donc pas de rechercher une contradiction afin de disqualifier son identité. Il fallait néanmoins examiner tout ce que ce projet, qu’elle vivait comme un progrès, engageait pour elle, sa partenaire et leur éventuel futur enfant.

Comment sa partenaire imaginait-elle leur couple ?
Comment envisageait-elle la conception de l’enfant et les places parentales ?
Comment chacun se représenterait-il celui qui porterait l’enfant ?
Quels mots utiliseraient-ils ?
Comment construiraient-ils un récit familial suffisamment cohérent pour eux-mêmes, leur entourage et leur futur enfant ?

Le but n’était pas d’imposer un vocabulaire prétendument normal. Il était de permettre à chacun de participer à la construction d’une histoire commune, sans être contraint d’adopter immédiatement des mots ou des représentations qui lui demeuraient étrangers. Une identité peut être profondément ressentie. Elle n’abolit pas la nécessité de penser les fonctions, les relations et le récit dans lequel un enfant viendra un jour s’inscrire.

4. Quitter le féminin pour échapper à la soumission
Une dernière patiente avait construit une représentation particulièrement douloureuse du féminin. Dans son histoire, être une femme signifiait être soumise, dominée, vulnérable au désir et au pouvoir des hommes. La montée de discours masculinistes, certaines expériences personnelles et ce qu’elle avait observé autour d’elle avaient renforcé cette conviction. Elle ne voulait plus appartenir à la catégorie qu’elle associait aux personnes dominées.

Elle envisageait donc de rejoindre celle qu’elle percevait comme le camp dominant. Elle pourrait alors, pensait-elle, devenir auprès des femmes un homme plus attentif, plus respectueux et plus protecteur que les hommes qu’elle avait connus. Une sorte de meilleur homme que la moyenne. Son raisonnement n’était ni ridicule ni superficiel. Il exprimait une peur réelle.
En tout état de cause, le travail analytique n’a pas consisté à lui dire qu’elle devait rester une femme. Il lui a permis d’interroger l’équation inconsciente sur laquelle reposait son projet :

Féminin = soumission
Masculin = force et liberté

Était-il nécessaire de devenir un homme pour ne plus être dominée ? La force, la liberté, l’affirmation et la capacité de se défendre appartenaient-elles exclusivement au masculin ? Une femme pouvait-elle refuser la place qu’on cherchait à lui assigner sans devoir quitter le féminin lui-même ?
Cette patiente a finalement choisi de suspendre son projet de transition et d’explorer une manière plus apaisée d’habiter le féminin. Son attirance pour les femmes faisait également partie des éléments à explorer. J’ai pu faire l’hypothèse, sans pouvoir la vérifier, qu’une difficulté à reconnaître pleinement son homosexualité avait peut-être participé à l'émergence de son projet. La thérapie s’étant interrompue, cette piste n’a pas pu être élaborée.

À ce moment de son parcours, un déplacement s’était néanmoins amorcé, ce qui, à mon sens, a constitué un progrès : elle commençait à dissocier le féminin de la soumission et à envisager qu’une femme puisse être libre, forte et capable de se défendre.

Entendre la coexistence de plusieurs désirs
Ces quatre histoires ne disent pas ce qu’est la transidentité. Elles montrent simplement qu’une identité profondément ressentie peut coexister avec d’autres dimensions qui ne se superposent pas toujours parfaitement. Le corps, la sexualité, le désir amoureux, la fertilité et le projet d’enfant, l’histoire familiale, la présentation sociale, le regard des autres, la place du partenaire... Ces différentes dimensions peuvent s’accorder tout comme elles peuvent aussi entrer en tension.

Reconnaître ces tensions ne revient pas à disqualifier l’identité d’une personne ni sa démarche de transition. Cela permet au contraire de ne pas lui demander de confier au seul corps la résolution de conflits qui appartiennent parfois aussi à son histoire, à son désir ou à ses relations.
Le désir mérite d’être entendu. Le discernement doit encore l’aider à devenir une décision. C’est exactement la fonction que la psychanalyse peut remplir. Aider à distinguer ce que la personne sait, ce qu’elle espère, ce qu’elle redoute, ce qu’elle demande au corps et ce qu’elle demande à l’Autre. L’aider aussi à examiner la faisabilité, l’irréversibilité éventuelle, les conséquences corporelles et les effets relationnels de ses choix.

Ainsi, les proches n’ont pas à décider de son identité mais ont néanmoins le droit d’éprouver, d’interroger, d’avoir besoin de temps et parfois de reconnaître qu’ils ne peuvent pas habiter la nouvelle relation qui leur est proposée. L’empathie oblige chacun à reconnaître la réalité psychique de l’Autre et le progrès ne dispense pas de penser.
Poser ces questions ne signifie pas s’opposer à la transition. Cela signifie refuser que la faisabilité technique décide à la place du sujet. La réflexion ne retire aucun droit. Elle rend le choix plus conscient, plus éclairé et certainement plus libre.

Les illusions du progrès

Jusqu’ici, j’ai beaucoup parlé du corps, de l’identité et de toutes les possibilités que le progrès met désormais à notre disposition. Or l’idéologie du progrès ne transforme pas seulement ce que nous pouvons techniquement faire de nous-mêmes. Elle influence aussi nos idées, nos façons d’aimer, de vivre ensemble et, bien sûr, d’élever nos enfants.
L’éducation elle-même n’échappe pas à cette conviction très contemporaine que ce qui vient après serait nécessairement mieux que ce qui existait avant et je suis convaincue que la nouvelle parentalité a brouillé la place des adultes dans la famille.

Il fallait évidemment rompre avec une éducation autoritaire, parfois brutale, fondée sur la peur, l’humiliation ou l’obéissance aveugle. Ce progrès-là était nécessaire. Fallait-il pour autant jeter, avec l’autoritarisme, l’autorité elle-même ? Avec la violence, la contrainte ? Avec l’humiliation, la hiérarchie des générations ? Avec l’obéissance aveugle, la nécessité d’un vrai NON ? C’est ici que le progrès peut devenir une illusion.

Dès 2020, dans mon webinaire Passer de l’éducation à la pédagogie, je défendais une éducation capable de tenir ensemble ce que l’on oppose trop souvent : écouter l’enfant et maintenir la hiérarchie familiale, accueillir ses émotions et expliquer la règle sans pour autant la négocier indéfiniment.
J’y rappelais notamment quelques principes simples : créer le cadre et s’y tenir, anticiper les conséquences des réactions et décisions, rappeler la règle, penser l’organisation pour l’enfant et lui demander de reformuler cette règle pour s’assurer qu’il l’avait comprise.

Six ans plus tard, ma pratique de la psychanalyse me conduit à aller plus loin. Depuis plusieurs années, j’observe en effet chez certains parents un phénomène qui me paraît prendre une importance nouvelle. Je ne prétends évidemment pas en faire une généralité. Pourtant, certaines caractéristiques communes reviennent suffisamment souvent chez mes patients ou dans les situations qu’ils me rapportent pour retenir mon attention.
Ce phénomène, je l’appelle l’identification du parent à l’enfant.

L’identification est évidemment un mécanisme psychique ancien et le narcissisme parental a été décrit depuis longtemps par la psychanalyse. Il peut notamment s’exprimer ainsi :

Si tu es un enfant sage, respectueux, qui dort et mange bien, alors je suis un bon parent.

L’enfant devient ainsi, en partie, le reflet de la valeur que le parent s’accorde à lui-même.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui est la difficulté croissante de certains parents à rester à leur place d’adulte lorsque leur enfant est frustré, contrarié ou blessé. Ils ne sont plus seulement avec lui. Ils finissent parfois par vivre ce qui lui arrive comme si cela leur arrivait à eux.
J’en repère quatre manifestations particulièrement reconnaissables.

1. L’enfant comme prolongement de soi
Tout commence très tôt. Le bébé qui arrive représente puissamment son parent. Celui-ci lui prodigue un soin extrême, attentif au moindre inconfort, avec cette ambition contemporaine devenue presque un idéal : lui éviter toute frustration. L’intention est profondément aimante. Seulement, le parent peut aussi chercher à réparer à travers son enfant ce qu’il aurait lui-même voulu recevoir.
Une question mérite alors d’être posée :

L’enfant, dont je veux supprimer toute frustration, est-il encore tout à fait l’enfant réel ou l’enfant que j’ai été ?

2. Le besoin d’être aimé de son enfant
Deuxième manifestation que je rencontre fréquemment : le parent ne veut plus seulement aimer son enfant. Il veut être aimé de lui. Il veut être un parent gentil, compréhensif, proche, complice, celui auquel on raconte tout et contre lequel on ne se fâche pas trop longtemps, pour bénéficier d'une contrepartie, sous la forme de signes visibles de cet amour : la proximité, les câlins, les confidences, les cadeaux.

Or éduquer impose parfois exactement le contraire. Dire NON. Frustrer. Décider sans négocier. Supporter un « T’es méchant ! », voire un « Je ne t’aime plus ! », sans retirer la règle pour retrouver immédiatement l’amour de son enfant. La question devient alors :

Si je vis le mécontentement de mon enfant comme un rejet de moi, comment puis-je exercer sereinement ma fonction parentale ?

3. Le parent-enfant
Le parent contemporain est aussi beaucoup plus joueur qu’autrefois. Il partage les loisirs de son enfant, ses écrans, ses codes, ses plaisanteries. Il joue, chahute, recherche avec lui le plaisir et la spontanéité. Cette proximité peut être merveilleuse. Elle peut aussi finir par brouiller les places.

Le parent devient le copain de son enfant puis, quelques minutes plus tard, doit redevenir celui qui interdit, réprimande ou pose la règle. Cette alternance n’est pas toujours très lisible pour l’enfant.
Et il existe un autre risque qui m’intéresse particulièrement car, à vouloir constamment partager, stimuler, proposer une activité, organiser un fameux quality time, le parent peut finir par devenir l’animateur permanent de l’espace de son enfant.

À peine une activité terminée, une autre est proposée. L’enfant n’a plus le temps de chercher ce qu’il voudrait faire. Il suit le programme imaginé pour lui. Or l’ennui, le temps vide et l’absence momentanée de sollicitation ne sont pas des carences éducatives. Ils offrent à l’enfant un espace psychique précieux pour rêver, imaginer, inventer, explorer. Désirer, finalement.
D'où l'idée que :

Un enfant n’a pas besoin d’un animateur permanent. Il a besoin qu’on lui laisse suffisamment d’espace pour devenir l’auteur de son propre jeu.

4. L’alliance avec l’enfant contre le tiers
C’est peut-être la manifestation qui me frappe le plus aujourd’hui. L’enfant revient de l’école. Il a été puni parce qu’il bavardait, perturbait la classe, n’avait pas fait son travail ou avait transgressé une règle. Certains parents ne commencent plus nécessairement par lui demander :

Qu’as-tu fait ?

Comme s’il s’agissait d’eux, ils veulent d’abord savoir :

Qu’est-ce qu’on t’a fait ?

Ils contestent la sanction, écrivent au professeur, prennent immédiatement la défense de leur enfant. Le déplacement psychique est considérable. En effet, l’enseignant représente précisément un tiers : cet autre adulte qui vient confirmer à l’enfant que les règles ne sont pas seulement celles de Papa et Maman et que le monde ne s’organise pas autour de lui.
Lorsque le parent fait corps avec son enfant contre celui qui lui oppose une limite, l’enfant risque de perdre une expérience psychique essentielle : découvrir que ses parents et les autres adultes peuvent occuper des places différentes tout en partageant une même exigence à son égard.

À force de faire corps avec l’enfant, quelque chose risque alors de s’affaiblir : ce que la psychanalyse appelle la fonction paternelle, c'est-à-dire la fonction du tiers. Il ne s’agit pas nécessairement du père, ni même d’un homme. La fonction paternelle désigne ici une fonction symbolique de tiers, celle qui maintient la différence des places et introduit progressivement la séparation, la limite et la loi.

Comment exercer cette fonction lorsque l’on vit ce qui arrive à son enfant comme si cela nous arrivait à nous ? Comment soutenir l’autre parent, l’enseignant ou l’institution lorsque l’on ressent leur intervention depuis la place de l’enfant ?
C’est en ce sens que l’identification excessive du parent à l’enfant peut affaiblir la fonction paternelle. Non parce que les pères auraient disparu, mais parce que la différence des places devient plus difficile à tenir.
C'est pourquoi :

Un enfant a besoin d’être aimé et compris.
Il a aussi besoin que l’adulte ne soit pas lui.

Parentalité : des progrès à faire
Et c’est précisément ici que les questions deviennent passionnantes.

Et si, pour se construire, un enfant avait aussi besoin de quelqu’un contre qui se dresser ?
Et si l’amour, aussi indispensable soit-il, ne suffisait pas à éduquer ?
Et si la véritable bienveillance consistait parfois à accepter de déplaire à son enfant ?
Et si apprendre à supporter un NON constituait l’une des premières expériences qui lui permettront, demain, de vivre avec les autres ?

Car derrière nos choix éducatifs se jouent des questions beaucoup plus vastes.

Comment un enfant apprend-il à renoncer à sa toute-puissance ?
Comment la limite qu’il rencontre d’abord à l’extérieur de lui devient-elle progressivement une loi intérieure ?
À quoi sert cette fameuse fonction paternelle et pourquoi l’enfant a-t-il besoin de pouvoir se dresser contre elle ?
Et comment l’expérience familiale le prépare-t-elle, demain, à entrer dans le Contrat social ?

Une autre question me tient particulièrement à cœur et je voudrais la travailler avec vous : celle de la différence entre aimer son enfant et exercer à son égard une véritable bienveillance.
La bienveillance peut parfois exiger précisément ce que l’amour rend difficile : dire NON, maintenir une limite et accepter momentanément le mécontentement de son enfant parce que l’on sait que cette frustration participe aussi à sa construction.

Je m’arrête volontairement ici. C’est précisément ce chemin que je vous propose d’explorer ensemble lors de mon prochain webinaire. Nous verrons comment retrouver de la structure sans revenir à l’autoritarisme, comment rétablir la différence des places sans renoncer à l’écoute de l’enfant et comment exercer une autorité bienveillante, qui ne cherche ni à soumettre ni à séduire.

J’espère ainsi contribuer à remettre le progrès en marche dans les familles en redonnant à l’amour sa juste place, sans lui demander d’assurer à lui seul la structuration de l’enfant.
Je vous donne rendez-vous pour un nouveau webinaire en direct sur Zoom.
Webinaire Live de Véronique Salman

LE RETOUR DE LA STRUCTURE DANS LA FAMILLE

(L’éducation positive a perdu la partie)

📅 12 octobre à 20 h 30 — en direct sur Zoom
🎟️
Gratuit, sur inscription

La citation du mois

Pour illustrer le sujet du progrès à l'épreuve du discernement, revenons à l'image de soi. Je vous présente Félix, 40 ans. Vous le retrouverez, lui et son histoire, dans mon prochain livre. Depuis quelque temps, une inquiétude l’obsède. Il est célibataire, n’a pas encore d’enfant et voudrait profondément rencontrer une femme avec laquelle construire sa vie. Seulement voilà, Félix pense qu’à 40 ans il est déjà vieux.

Et le temps commence justement à laisser sur son corps un signe qu’il ne peut plus ignorer... Il perd ses cheveux. Sa calvitie naissante devient alors beaucoup plus qu’une question esthétique. Elle semble lui confirmer ce qu’il redoute déjà : le temps passe, ses chances de séduire diminuent et, avec elles, peut-être, la possibilité de rencontrer une femme, de construire un couple et de devenir père.
Il envisage donc des implants capillaires et, avant son rendez-vous, me demande ce que j’en pense. Je lui pose cette question :

Que voulez-vous vraiment faire disparaître : votre calvitie ou le signe que vous avez 40 ans ?

Nous commençons alors à travailler sur la représentation qu’il s’est construite de l’homme de 40 ans et je lui propose de regarder les choses autrement. Quarante ans, pour un homme, c'est loin d'être le début du déclin. Ce peut être, au contraire, un âge particulièrement favorable à la rencontre amoureuse.
  • C’est l’âge où l’expérience sexuelle donne davantage d’assurance et de connaissance de soi et de l’Autre.
  • Les premières tempes grisonnantes deviennent un signe de charme plutôt qu’une preuve de vieillissement.
  • C’est aussi l’âge où un homme peut apparaître moins préoccupé par la multiplication des expériences et davantage disposé à construire une relation sérieuse.
  • Il a souvent davantage d’expérience de la vie, une identité personnelle et professionnelle mieux installée, une plus grande capacité à savoir ce qu’il veut et, surtout, ce qu’il ne veut plus.
  • Il peut offrir une maturité, une stabilité et une responsabilité qui comptent lorsqu’il s’agit de construire un couple et une famille.
Autrement dit, tout ce que Félix interprétait comme un handicap pouvait également devenir un ensemble d’atouts pour la vie qu’il désirait précisément construire. Son âge ne signifiait en rien la fermeture des possibles. Il lui indiquait plutôt ce qu’il était désormais temps d’accomplir, conformément à ses désirs et à ses valeurs.

Je n’avais aucune raison de dire à Félix de ne pas faire d’implants. En revanche, je voulais qu’il comprenne ce qu’il risquait de vouloir effacer avec ses cheveux. Car les marques du temps ne sont pas seulement des altérations dont il faudrait nous débarrasser. Elles sont aussi des repères temporels, elles nous disent où nous en sommes et nous permettent de nous regarder avec suffisamment de lucidité pour nous demander :

Quel âge ai-je ?
Qu’ai-je déjà construit ?
Qu’est-ce que je n’ai pas encore accompli ?
Qu’est-ce qui compte désormais pour moi ?
Et qu’ai-je envie de faire du temps qui vient ?

À 40 ans, la question de Félix n’était donc pas de parvenir à ressembler encore à l’homme qu’il était dix ans plus tôt. Elle était de devenir pleinement l’homme de 40 ans qu’il était désormais. Être honnête avec soi-même, c’est aussi savoir où l’on en est. Être honnête avec l’Autre, c’est lui permettre de savoir qui nous sommes, sans chercher à lui présenter une version de nous-mêmes artificiellement soustraite au temps.

Et grandir, c’est pouvoir regarder l’âge que l’on a pour se demander non pas seulement ce que l’on est en train de perdre, mais surtout ce qu’il nous reste à construire, à transmettre, à aimer et à accomplir. Derrière cette problématique apparemment banale de cheveux se retrouve donc exactement la question qui traverse cette newsletter :

Dès lors que le progrès nous permet d’effacer une marque du temps, pourquoi nous en priver ?

Peut-être précisément parce que pouvoir l’effacer ne signifie pas nécessairement que nous ayons intérêt à le faire.

Le progrès nous permet parfois d’effacer les marques du temps. Le discernement nous demande quelles marques il est vraiment nécessaire d’effacer.

Ma rentrée avec 20 ans plus tard

Ce nouveau magazine féminin, élégant, intelligent et joyeux, a choisi pour son deuxième numéro de consacrer son grand dossier à un lien aussi fondateur que complexe : la relation mère-fille.
J’y interviens en tant que psychanalyste autour de ce que j’observe en consultation : ces liens parfois abîmés par les malentendus, les attentes, les projections et les blessures de l’enfance, et qui continuent de travailler les femmes longtemps après qu’elles sont devenues adultes.

Car devenir une femme, c’est aussi parvenir à faire le tri dans ce que sa mère lui a transmis. Que garder ? Que rejeter ? Comment s’en différencier sans nécessairement rompre ? Et comment, parfois, réinventer la relation ?
Un sujet essentiel, parce que nous sommes toutes et tous les héritiers d’une histoire et que grandir consiste aussi à choisir ce que nous voulons en faire.

Très heureuse de participer à cette belle aventure éditoriale ! J’aime beaucoup le fait que le dossier ne soit justement pas à charge contre les mères : il parle de transmission et de ce qui peut se réparer. Le magazine et son dossier spécial sont en vente chez vos marchands de journaux.
En revanche, si vous souhaitez lire l'article dans lequel j'interviens, c'est juste ici, en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Retrouvailles parisiennes

Après avoir parcouru des centaines de kilomètres (peut-être des milliers) pour donner des conférences dans des organisations publiques ou des entreprises, je reviens à Paris. Je serai le 26 septembre prochain, à l'Espace Champerret, dans le cadre du Salon Zen. J'y donnerai ma conférence fétiche, sur "SE COMPRENDRE POUR ALLER MIEUX".
Et, comme il se doit, à son terme, une séance de dédicaces de mon livre Je me libère du passé, comprendre ses erreurs pour ne plus les répéter sera organisée afin que nous puissions nous rencontrer.

conférence

SE COMPRENDRE POUR ALLER MIEUX

Les clés de l’accomplissement

Pourquoi est-il parfois si difficile d’être soi-même ? Nos choix, nos relations, nos peurs, nos ambitions ou nos renoncements, s’enracinent souvent dans une histoire dont nous n’avons pas toujours conscience.
À partir de mon expérience de psychanalyste et de nombreux exemples cliniques, je propose une réflexion accessible sur la manière dont se construit la vie psychique. J'explore les scénarios inconscients qui orientent nos comportements, les répétitions qui nous enferment ainsi que les ressources qui permettent de retrouver davantage de liberté intérieure.
Une conférence pour mieux comprendre ce qui nous anime, donner du sens à notre parcours et avancer vers une vie plus cohérente avec nous-mêmes.

SAMEDI 26 SEPTEMBRE 2026
10 h 45 - 12 h 15
Salon Zen
Espace Champerret
Paris 17e

Pour télécharger vos entrées gratuites, valables sur tout le Salon, cliquez sur le bouton ci-dessous.
Parisiennes, Parisiens et habitants de la région parisienne, je serai ravie de vous rencontrer ou de vous retrouver, pour celles et ceux que je connais déjà. S'il vous plaît, remplissez ce court questionnaire en cliquant sur le bouton ci-dessous. Merci d'avance !
Illustration : Sylvie Jonquères.

En quête d'une nouvelle piste

Retournement de situation ! Et cette fois, ma décision est prise, mon prochain livre ne paraîtra pas aux Éditions du Dauphin. Au fil de nos échanges, une divergence de positionnement est apparue de plus en plus clairement.
Là où mon travail est considéré par ma maison d'édition comme relevant d’un marché de niche ultra spécialisé, celui de la psychanalyse, j’y vois au contraire un propos beaucoup plus large et profondément sociétal.

La psychanalyse est mon outil, elle n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est la vraie vie des gens. Mon cabinet est un formidable poste d’observation de la société contemporaine. J’y vois arriver les difficultés à aimer, à choisir, à nous séparer, à éduquer les enfants, à supporter la frustration, à exercer notre liberté, à assumer nos responsabilités, à trouver notre place et à donner du sens à notre existence.

Je pars souvent d’une situation extrêmement quotidienne — une dispute, une peur, une attitude, une reproduction de scénario, une décision impossible à prendre — pour comprendre ce qu’elle raconte de l’histoire et de la réalité d’une personne. Et très souvent, derrière cette histoire singulière apparaît aussi quelque chose de notre époque.

Quelqu’un m’a un jour appelée la psychanalyste du quotidien. Plus j’y réfléchis, plus cette expression me ressemble. C’est exactement à cet endroit que je souhaite désormais prendre la parole : à la rencontre de l’intime et du collectif. Utiliser ce que m’apprend la clinique pour réfléchir à notre rapport contemporain à l’amour, à la famille, à l’autorité, à la liberté, au désir, au bonheur et à l’accomplissement.

Voilà pourquoi je ne considère pas mon prochain livre comme un ouvrage de niche consacré à la psychanalyse. Je le conçois comme un essai psychosocial grand public sur notre époque, éclairé par l’expérience du cabinet. Cette différence de vision éditoriale est devenue suffisamment importante pour que je préfère aujourd’hui reprendre ma liberté.

Plusieurs pistes s’ouvrent désormais à moi : rencontrer d’autres éditeurs, poursuivre encore quelque temps la construction de ce positionnement, passer par une maison d'édition à compte d'auteur (Les Éditions des Trois Colonnes m'ont déjà fait une proposition de contrat) ou publier moi-même le livre comme je l’ai déjà fait par le passé.

Et si, d’ici là, une rencontre ou une meilleure idée me conduit sur un autre chemin, je vous le raconterais comme je l’ai toujours fait. Vous êtes d'accord avec moi ?

Complet !

Mon planning de rentrée est complet et ma consultation a commencé sur les chapeaux de roues, le lundi 31 août dernier. Actuellement, je vous propose de vous inscrire sur une liste d'attente et de m'aider à comprendre votre demande en précisant ce qui vous motive à la psychanalyse. Un espace de message est prévu à cet effet.
Aucun créneau ne pourra, pour l'instant, vous être attribué mais je ferai tout mon possible pour vous contacter afin d'échanger de vive voix.

Il vous suffit de vous rendre sur la page Rendez-vous de mon site Internet.
À toutes les entreprises, CSE, associations, collectivités, etc., je renouvelle mon invitation à vous inspirer de mon catalogue d'interventions, pour enrichir le contenu de vos séminaires, journées de team building, etc.
Catalogue des prestations de Véronique Salman édition juin 2026

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Merci de prendre le temps de réfléchir avec moi. À une époque où tout semble nous pousser à réagir immédiatement, réfléchir est peut-être déjà une manière de prendre soin les uns des autres.
Continuons à croire au progrès, avec suffisamment de discernement pour ne pas confondre ce que nous pouvons faire avec ce qu’il est souhaitable de faire.
À très bientôt.

Véronique Salman

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Crédits photos : Ron Lach et ChatGPT pour mes besoins d'images conceptuelles.
Nota bene : pour des raisons de confidentialité, l'identité des personnes que je cite dans mes Newsletters est systématiquement modifiée.
Véronique Salman
Psychanalyste
Autrice, essayiste
Conférencière et TEDx speaker
Coach spécialiste en expressivité/éditorial
Consultante en recrutement-profilage
Enseignante

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En face à face, sur le divan ou via Internet
Sur rendez-vous uniquement.
Tél. : 06 80 70 00 57

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