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Véronique Salman, psychanalyste

Entre ambition et réussite,
comment devenir soi ?

Dessin de la Trilogie inconsciente
Illustration : Sylvie Faur

Ce que cache l'ambition

Vous connaissez cette réflexion du psychanalyste hongrois Sándor Ferenczi ? Il était un contemporain de Sigmund Freud et un immense penseur des traumatismes psychiques :

L’enfant s’adapte souvent
au prix de lui-même.

Cette phrase éclaire peut-être une partie essentielle de notre rapport contemporain à l’ambition et à la réussite. Car derrière les trajectoires professionnelles brillantes, les quêtes d’argent, de reconnaissance ou de performance, se cache parfois une adaptation ancienne. Très ancienne et souvent douloureuse.

Certains de mes patients peuvent se reconnaître dans un trait commun : ils ont tous appris très tôt à rassurer leurs parents, réparer leurs histoires, ne pas les décevoir, devenir forts et autonomes rapidement, les rendre fiers. Médecins, notaires, avocats, professeurs, chefs d'entreprise, dirigeants du monde de la finance, ont construit leur valeur à travers leurs réussites.
Je constate cependant que cette réussite ne les a pas rendus heureux et qu'un clivage s'est crée entre la vie professionnelle relativement satisfaisante et la vie privée souvent inconfortable voire douloureuse.

Parfois, l’ambition ne traduit pas réellement un désir d’accomplissement personnel. Elle nous fait espérer “devenir quelqu'un”. Mais le travail représente parfois une stratégie d'évitement de la vie affective, des difficultés du couple, des tensions familiales ou du sentiment de solitude.
L’investissement professionnel prend alors une place immense parce qu’il protège, structure et valorise. L'ambition peut aussi devenir une manière d’obtenir la reconnaissance escomptée, de calmer une ancienne fragilité narcissique ou de sécuriser sa place.

La réussite parle donc autant de l’histoire psychique d’une personne que de ses compétences réelles. L’ambition contemporaine est souvent pensée sous l’angle de la visibilité. Il faut réussir, être reconnu, se distinguer.
Or, la psychanalyse introduit une lecture beaucoup plus subtile de cette quête. Car toutes les ambitions ne parlent pas du même désir.

Une réparation, dites-vous ?
Il est des ambitions qui cherchent avant tout à réparer son histoire. Lorsqu’un enfant grandit dans un environnement marqué par le manque, l’humiliation, le sentiment d’infériorité sociale ou l’insécurité matérielle, il peut développer très tôt une sensibilité particulière à la valeur qui lui est accordée, au regard des autres et à la reconnaissance.
La réussite devient alors bien davantage qu’un objectif professionnel.

Gagner beaucoup d’argent, accéder à un autre milieu social, obtenir des diplômes prestigieux ou devenir visible socialement, peuvent inconsciemment servir à effacer la honte, le sentiment d’impuissance, l’impression de ne “pas valoir assez” ou le vécu d’avoir manqué de considération. La réussite vient alors remplir l'espace psychique en souffrance. Elle colmate.

Cette dynamique explique pourquoi certaines personnes, même après avoir “réussi”, continuent à ressentir une insécurité intérieure, la peur permanente de “redescendre”, le besoin de prouver encore et souvent l’impression de ne jamais être totalement arrivées, même au sommet.
Car lorsqu’une réussite sert avant tout à réparer une blessure narcissique, elle apaise rarement la dépréciation personnelle.

La psychanalyse rappelle que la réussite sociale peut transformer une existence, ouvrir des possibilités immenses et sécuriser matériellement une vie. Pourtant, aucune réussite extérieure ne suffit à elle seule à construire une sécurité intérieure stable.
Et c'est surtout vrai lorsque la personne continue à chercher dans le regard du monde la confirmation permanente de sa propre valeur.

L'enfant porteur d'ambitions

L’ambition et la réussite sociale deviennent encore plus complexes lorsque l’on considère une autre dimension fondamentale mise en évidence par Sigmund Freud : l’enfant représente toujours une part narcissique parentale.

Les parents projettent inévitablement quelque chose d’eux-mêmes dans leurs enfants : leurs espoirs, leurs idéaux, leurs rêves inaccomplis, parfois les réparations qu’ils n’ont pas pu produire eux-mêmes, ainsi qu’un désir de continuité familiale parfois immense.

Les performances de l’enfant peuvent alors devenir une forme de consécration familiale. Ainsi, l’enfant porte bien davantage que son propre destin. Il peut devenir celui qui élèvera symboliquement la famille à un rang valorisant, celui qui donnera enfin de la consistance au groupe familial ou celui qui réparera des frustrations anciennes.
La réussite cesse alors d’être uniquement personnelle. Elle devient chargée d’affects familiaux très puissants.

Il est facile, alors, de tomber dans le piège d'un engrenage, en continuant à travailler, produire, performer ou accumuler une énorme charge mentale, sans jamais ressentir un véritable apaisement intérieur.
Et, paradoxalement, plus la réussite augmente, plus on peut éprouver la peur de décevoir, l’obligation de maintenir le niveau, une difficulté à ralentir et parfois la sensation de ne jamais avoir réellement le droit de s’appartenir complètement.

La psychanalyse rappelle alors quelque chose d’essentiel : une existence psychiquement habitée commence souvent lorsque la personne peut progressivement différencier ce qu’elle désire profondément… de ce qui a été inconsciemment voulu pour elle.

Moi idéal, idéal du Moi

La construction intérieure de l’ambition peut prendre plusieurs formes. J'utilise les références de Sigmund Freud et de Jacques Lacan car ils ont développé une distinction essentielle entre le Moi idéal et l’Idéal du Moi. Une distinction fascinante qui éclaire profondément notre rapport à la réussite.

Le Moi idéal appartient au registre imaginaire. Il correspond à l’image parfaite que nous aimerions donner de nous-mêmes. Il recherche l’exceptionnalité et l’admiration, la reconnaissance visible.
Certaines ambitions se construisent alors autour d’un besoin de prouver sa valeur, d’effacer un sentiment ancien d’insuffisance ou d’obtenir enfin le regard qui a manqué. C’est à cet endroit que la réussite peut parfois prendre une fonction de réparation narcissique.

Dans ses formes les plus extrêmes, cette logique peut conduire à une forme de narcissisme hypertrophié. La personne ne cherche plus seulement à construire une existence. Elle ambitionne de maintenir une image d’elle-même. Le regard extérieur finit alors par organiser une grande partie de ses comportements sociaux et de son rapport à l’Autre.

L’Idéal du Moi, lui, relève d’un mouvement psychique différent. Il représente davantage une orientation intérieure, une aspiration symbolique, une manière de tendre vers une forme de cohérence personnelle. L’ambition ne consiste plus alors uniquement à impressionner les autres. Elle vise à devenir davantage soi-même.

Penser l'ambition
C’est probablement ici que les travaux de Wilfred Bion (prononcez Bayonne) prennent toute leur importance dans le fait de chercher à obtenir de soi un Idéal du Moi et non un Moi idéal. Pour ce génial psychiatre et psychanalyste britannique, pionnier de la psychothérapie de groupe, le travail psychique permet progressivement de transformer les éprouvés émotionnels bruts en éléments pensables et assimilables par la pensée.

Cela permet d’élaborer mentalement et construire une sécurité intérieure stable qui rendra possible de supporter la frustration, de différer ses besoins ou de donner du sens à ce qui est traversé.
Dans ce contexte, la réussite extérieure ne sera pas liée à une tentative de compensation psychique. L’argent, la visibilité, la performance ou l’admiration sociale serviront alors à valoriser un travail efficace et de grande valeur.

Penser son ambition transforme donc profondément le rapport à la réussite. Il n'est plus question d'angoisse ou de réparation et encore moins de déficit de valeur personnelle. Cela permet de comprendre, progressivement, ce qui nous anime réellement, le sens que nous donnons à nos choix et la confirmation qu'ils ont été fructueux. Voilà une sensation très heureuse...

Et c’est probablement là que peut apparaître une forme de bon narcissisme. Un narcissisme plus stable, plus intériorisé, davantage lié au sentiment d’exister pleinement dans sa propre vie. La pensée produit un effet profondément structurant.

La structure efficace
Les réflexions de Françoise Dolto ont aussi toute leur place dans cette thématique. Elles mériteraient probablement aujourd’hui d’être relues à partir de la question de la structuration psychique.

Depuis plusieurs années, cette formidable psychanalyste a souvent été associée, à tort, à certaines dérives de la parentalité positive et à l’idée d’une permissivité éducative généralisée.
Pourtant, Françoise Dolto n’a jamais défendu la toute-puissance de l’enfant.
Elle rappelait au contraire combien un être humain se construit grâce à une parole structurante, des limites claires, une différenciation des places et un cadre intérieur suffisamment stable pour permettre à l’enfant de devenir lui-même en grandissant.

Et si l’une des grandes ambitions contemporaines consistait précisément à remettre de la structure là où l’époque produit beaucoup d’excitation, d'évitement de la frustration, de confusion et de validation immédiate ?
Peut-être avons-nous aujourd’hui besoin d’une autre définition de l’ambition ? Une ambition moins tournée vers le “tout-plaisir”, moins dépendante du regard extérieur, davantage orientée vers la solidité intérieure, la continuité de soi et la capacité à habiter réellement sa propre existence.

L'argent-roi

Lorsque je demande à mes étudiants en Marketing et Communication ou à de futurs ingénieurs ce qu’ils feraient “s’ils avaient une baguette magique”, une immense majorité répond spontanément : “avoir beaucoup d’argent”. Voilà souvent ce qui leur semble représenter une vie réussie.

Je tente alors de leur expliquer que cette réponse quasi unanime mérite d’être entendue au-delà du cliché de la génération matérialiste. Car l’argent n’est jamais uniquement de l’argent. J’explique qu'il représente aussi la sécurité, la liberté, la valeur, le pouvoir d’agir ou encore une protection contre l’angoisse.

Dans une époque marquée par l’instabilité économique, la fragilité des repères collectifs, la peur du déclassement et l’exposition permanente aux images de réussite sur les réseaux sociaux, l’argent devient facilement un organisateur psychique majeur.
Beaucoup de jeunes ne rêvent pas seulement d’opulence. Ils rêvent surtout de ne plus dépendre, de ne plus avoir peur, de ne pas manquer et de pouvoir enfin choisir leur vie.

Les chiffres récents, tirés d’une étude du Monde Campus, montrent d’ailleurs une forte progression de l’attractivité des métiers de la finance chez les étudiants des grandes écoles.
Entre 2020 et 2024, l’intérêt pour ces carrières serait passé de 22 % à 31 %. Derrière cette évolution apparaît probablement moins une fascination pure pour l’argent qu’un besoin massif de sécurisation psychique dans une époque perçue comme instable.

Le Blason
Pour mieux comprendre ce qui organise silencieusement notre rapport à notre connaissance de nous-mêmes, je vous propose une petite expérience de réflexion personnelle à travers le jeu du Blason. La question de la baguette magique, posée à mes étudiants, provient d’ailleurs de ce jeu, case n°4.
Utilisé en psychologie, en orientation scolaire et en développement personnel, le Blason permet de représenter symboliquement différentes dimensions de soi-même : nos aspirations, nos peurs, nos valeurs, nos idéaux ou encore nos représentations inconscientes de la réussite.

A l'heure des grands examens ou concours de fin d'année, il peut être intéressant de proposer ce jeu à vos enfants, adolescents, étudiants... Quelle est leur ambition pour eux-mêmes ? Qu'ont-ils à dire à ce sujet ?

Prenez simplement quelques minutes pour compléter chaque espace du Blason proposé ci-dessous en remplissant chaque case par des dessins ou des symboles. Pas de texte, pas de mots, pas de phrases. Juste des dessins, sachant qu'il n'y a pas besoin d'être artiste pour jouer. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
L’intérêt de cet exercice réside dans la symbolisation par le dessin des idées spontanées qui vous viennent à l’esprit.
Bref… à vos crayons ! Il vous suffit de télécharger la page en cliquant sur le bouton ci-dessous et, éventuellement, de l'imprimer.

Devenir intouchable

Pouvoir exister socialement. Pouvoir… Le pouvoir. Le problème apparaît lorsque toute la valeur personnelle finit progressivement par s’organiser autour de la réussite visible. Les réseaux sociaux amplifient fortement cette dynamique : monétisation de soi, exposition permanente, culture du résultat immédiat, fascination pour l’argent “facile”.

Les paris en ligne, l’attraction des cryptomonnaies ou les influenceurs exhibant richesse, luxe et surconsommation, traduisent probablement quelque chose de très profond dans notre époque.
Derrière le fantasme d’argent rapide apparaît souvent une promesse beaucoup plus large : devenir visible, puissant, admiré, envié et, surtout, échapper à l’insécurité. Ici, la réussite ne se construit plus dans la durée mais dans l’immédiateté. Les constructions lentes et progressives n’ont plus la cote. Or, c’est pourtant ainsi que se bâtit l’humain.

Dominer pour ne plus subir
Parfois, mieux vaut se montrer impressionnant, quitte à montrer les dents, pour éviter de paraître vulnérable. Ne plus subir devient alors un moteur extrêmement puissant. Certaines personnes cherchent ainsi à devenir intouchables, à ne plus dépendre de personne, à ne plus manquer ou à occuper la place dominante qu’elles ont parfois vu occuper par d’autres.

L’argent, le pouvoir, le statut social ou la réussite visible, donnent alors le sentiment de reprendre le contrôle de sa vie. La réussite ne sert plus uniquement à être reconnue. Elle sert à ne plus jamais se sentir faible.

Dans une société fortement marquée par la compétition, l’exposition sociale et la comparaison permanente, cette quête de puissance peut devenir une manière de calmer l’angoisse intérieure. La domination apparaît alors moins comme un simple désir de contrôler autrui que comme une tentative d’échapper à un ancien sentiment d’impuissance.

Voilà, probablement, l’un des grands paradoxes contemporains : chercher à ne plus être dominé(e) conduit parfois à organiser toute l’existence autour du pouvoir et de l’hypercontrôle. C’est souvent de là que naissent certaines formes de micromanagement.

Et, je le rappelle, cela revient à reproduire sur autrui ce dont on a souffert... Ça vous parle la Trilogie inconsciente ? Mon concept sur les reproductions inconscientes se retrouve véritablement partout. Pour ceux qui n'ont pas la réf... demandez-moi !
J'ai ressorti des fagots le montage de moments choisis d'une vieille conférence, la première en réalité qui pose les fondamentaux de mon invention conceptuelle. Elle date de 2019.
Durée : 33'48".
S'identifier à l'argent
La psychanalyse montre qu’il est possible d’emprunter une notion de valeur aux objets et aux marques. Pas n'importe lesquelles bien sûr. Il est important de s'identifier à la tendance du moment.

Mais voilà ! Certains objets ne sont jamais de simples objets. Ils servent de supports narcissiques. La cylindrée d’une moto ou d’une voiture donne un sentiment de puissance à celui ou celle qui la conduit ou qui y est transporté(e). Le sac de luxe confère à la personne qui le porte l’impression d’un accès aux codes culturels de la grande bourgeoisie. Le ou la partenaire séduisant(e) devient parfois la preuve manifeste d'être désiré(e).

L’argent ne sert plus uniquement à vivre, il sert à se sentir important. Comme si posséder signifiait être, montrer signifiait exister, être admiré signifiait enfin avoir de l'importance.
Les réseaux sociaux amplifient considérablement cette dynamique psychique. Ils organisent une mise en scène permanente de la réussite, de la beauté, du luxe, du corps, du pouvoir et de la visibilité sociale.
Et plus l’estime de soi demeure fragile, plus ces signes extérieurs risquent d’être investis comme des prothèses narcissiques chargées de soutenir intérieurement la personne.

Peut-être est-ce là l’un des grands défis contemporains : apprendre à considérer l’argent comme un moyen de construire une existence plus libre, plus stable et plus digne… sans lui demander de réparer à lui seul toutes les fragilités narcissiques et toutes les angoisses identitaires de notre époque.

Choisir sa voie

Comment choisit-on réellement sa voie professionnelle ? Et surtout, pourquoi certains ont-ils le sentiment, parfois très tardivement, d’avoir construit une existence qui ne leur correspond pas ? Là encore, la psychanalyse apporte quelque chose de très spécifique. Elle montre qu’un choix professionnel n’est jamais purement rationnel.

Une orientation peut être influencée par des identifications familiales, des attentes implicites, des loyautés invisibles, la recherche de sécurité, le désir d’obtenir enfin reconnaissance ou validation et tant de raisons encore.

Dans ma nouvelle conférence intitulée "Se comprendre pour aller mieux, l'ambition d'accomplissement", je propose d'étudier les travaux d'un psychanalyste hongrois peu connu mais passionnant, Ivan Boszormenyi-Nagy (prononcez Ivane Bo-sor-me-ni Nodj). C’est lui qui a largement développé la notion de loyautés invisibles ou loyautés inconscientes dans le champ de la thérapie familiale transgénérationnelle.

Son idée centrale est extrêmement puissante : nous restons souvent liés à notre système familial par des fidélités psychiques profondes, parfois totalement inconscientes. Ces loyautés peuvent influencer nos choix amoureux, notre rapport à l’argent, notre réussite, notre manière de réussir ou d’échouer, notre orientation professionnelle et même le niveau de bonheur que nous nous autorisons.

Appliqué à l’ambition et à l’orientation professionnelle, ce concept devient particulièrement éclairant. Certaines personnes pensent choisir librement leur voie professionnelle alors qu’elles restent inconsciemment organisées autour d’équilibres familiaux anciens. Par exemple :
  • Choisir un métier “raisonnable” pour rassurer ses parents
  • Éviter de gagner davantage d'argent qu’eux, pour ne pas inverser la hiérarchie familiale
  • Rester dans un milieu social proche du groupe familial
  • Reprendre une profession familiale
  • Réussir brillamment pour réparer symboliquement les échecs ou les frustrations des générations précédentes.
La loyauté invisible ne se manifeste pas uniquement par l’obéissance. Elle peut aussi prendre la forme d’un sacrifice, d’une culpabilité à atténuer ou d’une interdiction intérieure à dépasser certaines limites.
Certaines personnes s’autorisent difficilement à prendre plus de place, à gagner beaucoup d’argent, à devenir ostentatoires, à quitter leur environnement ou simplement à vivre différemment de leur famille. En revanche, d’autres construisent une ambition très forte pour devenir celui ou celle qui redorera symboliquement le blason familial.

Dans les deux cas, la réussite cesse d’être uniquement individuelle. Elle devient profondément relationnelle et transgénérationnelle. Le concept de Boszormenyi-Nagy permet ainsi de comprendre pourquoi certaines trajectoires professionnelles ne répondent pas uniquement à des compétences ou à des goûts personnels, mais aussi à des fidélités psychiques silencieuses qui traversent les générations.

Et concernant ma nouvelle conférence, donnée le 21 mai 2028 au Louvre-Lens pour la Chambre de Commerce et d'Industrie des Hauts-de-France-Artois, voyez-la en cliquant ci-dessous.
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Transformer plutôt que réparer

Toutes les ambitions ne cherchent pas à réparer une blessure, à calmer une angoisse ou à obtenir une validation. Certaines ambitions transforment. Elles cherchent à apporter du contentement, de la joie et du bonheur.

Transformer une difficulté traversée en capacité à aider, créer, penser ou construire, renvoie à ce que Sigmund Freud appelait la sublimation. Il s’agit de la capacité humaine à utiliser son énergie psychique pour produire quelque chose de vivant, de créatif et de fécond.

Créer, transmettre, soigner et prendre soin, construire, élever… voilà des ambitions qui permettent progressivement de dépasser le manque, l’enfer de la comparaison permanente ou la réparation narcissique. Elles deviennent des moteurs de valorisation et une manière d’habiter davantage son existence.

L'ambition la plus noble peut être celle de transformer une expérience difficile en capacité à transmettre, inventer, conceptualiser ou aider. Comprendre davantage son fonctionnement psychique permet souvent de moins subir sa vie intérieure et de retrouver progressivement une forme de liberté.

C’est probablement ce qui anime aussi mon travail depuis tant années. J’ai fait le choix de proposer une lecture vulgarisée des grands concepts psychanalytiques afin de les rendre accessibles au plus grand nombre, notamment à travers mes conférences, mes interventions et les contenus que je partage sur les réseaux sociaux. Sacrée ambition !

La citation du mois

Sarah a 38 ans. Son ambition à elle est de trouver le bonheur auprès d'un compagnon sincère. La voilà célibataire, avec quelques bleus au coeur, et je l'observe traverser sa vie affective avec une étrange inaptitude à déterminer ce qui est bon pour elle. Sarah éprouve en effet des difficultés à conclure intérieurement sur ce qu’elle pense des hommes qu’elle rencontre.

Lorsqu’un homme la déçoit, la blesse ou lui inspire un profond malaise, elle finit toujours par lui trouver "quelque chose de bien" ou qu'il est "quand même une bonne personne". Il lui inspire une gentillesse, une fragilité, une circonstance atténuante. Voilà d'ailleurs la manifestation d'un autre mécanisme de défense qu'est l'identification à l'agresseur.

Pourtant, son ressenti initial est souvent très clair. Elle sait rapidement qu’elle ne veut pas construire sa vie avec ces hommes-là. Ils lui apparaissent même grossiers, envahissants ou profondément désagréables. Malgré cela, elle revient mentalement vers eux, réinterroge son jugement, doute de sa perception.

Au fil des séances, une répétition familiale est apparue. Sa mère parlait malgré tout de son père — alcoolique et destructeur pour toute la famille — comme d’"une bonne personne". Elle-même avait été inspirée par sa propre mère qui, mue par sa ferveur catholique, visitait les détenus de la prison des Baumettes à Marseille, avec la conviction qu’il fallait toujours voir quelque chose de bon en l’être humain, même chez ceux qui avaient commis le pire.

Sarah a grandi dans cette atmosphère psychique où la lucidité semblait presque coupable. Comme s’il fallait toujours édulcorer la réalité pour rester une "bonne personne". Ce que Sarah doit comprendre tient peut-être en ces quelques phrases :

Le problème n’est pas de voir le bon chez l’Autre.
Le problème commence lorsque cela vous empêche de voir ce qui vous fait souffrir.
Quelqu’un peut mériter votre compréhension sans mériter votre vie.

Merci, chère Sarah, de m'avoir honorée de votre partage.

Work in progress

Grandir mieux - Les joies de la psychanalyse est désormais entre les mains de mon éditeur, les Éditions du Dauphin. Ça y est !
Nous entrons dans cette grande aventure éditoriale de mon nouveau livre, faite de relectures, de corrections, de choix graphiques, de couverture, de fabrication… puis bientôt de diffusion.

J’ai envie de vous faire vivre ce processus dans les prochains mois, car un ouvrage vit une histoire incroyable avant même d’arriver entre les mains de ses lecteurs. Et je dois vous avouer que voir un manuscrit quitter mon ordinateur pour devenir progressivement un véritable objet reste toujours un moment extrêmement particulier. Un objet d'amour, sans nul doute.

J’ai hâte de vous le faire découvrir. Que contient ce livre ? De quoi parle-t-il ? Dans Grandir mieux (titre cependant provisoire, à la discrétion de l'éditeur), je raconte ce moment très particulier de la cure psychanalytique où une personne comprend enfin ce qui s’est joué dans sa vie. Ce moment où tout devient plus clair. Où la honte diminue. Où quelque chose se remet doucement à respirer intérieurement. Ce moment où le patient se voit changer de point de vue.

À travers des situations cliniques réelles et accessibles à tous, comme toujours chez moi, ce livre propose une découverte sensible et profondément humaine de la psychanalyse contemporaine.
C'est donc nombre d'entre vous qui me l'avez inspiré ! Alors, merci...

La saga des Buzz

Le nombre de mes Followers continue de grandir encore et encore sur les réseaux sociaux… et je dois vous avouer que ce qui me touche probablement le plus aujourd’hui, ce sont les dizaines de messages reçus en messagerie privée. Certains viennent de très loin, parfois même de l’autre bout du monde.

Des personnes m’écrivent pour me remercier, me raconter une tranche de leur vie, me poser des questions ou me confier des situations familiales parfois très douloureuses. J’essaie de répondre à tout le monde, même si les messages sont nombreux. Je remercie également d'un petit ❤️ tout internaute qui repartage mes posts.

Et je dois reconnaître une chose : ce buzz n’a rien à voir avec celui de l’année dernière. À l’époque, l’interview accordée à ABC TALK TV avait été minutieusement découpée et orientée de manière très clivante. Certains extraits, conçus et mis en scène par le Community manager de cette chaîne du Web, entretenaient une image de moi particulièrement réactionnaire et arrogante. Une image dans laquelle je ne me reconnaissais absolument pas et qui, je crois, ne correspond pas à ce que j’inspire habituellement.

Cette année, il se passe quelque chose de très différent. C’est un buzz d’adhésion. Un buzz de réflexion. Un buzz sans polémique. Et honnêtement… ça fait du bien. Cela m’encourage encore davantage à continuer de vous proposer, sur les réseaux sociaux, des contenus pour penser, comprendre et réfléchir ensemble.

Alors, merci !☺️

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Illustrations : La Trilogie inconsciente, par Sylvie Faur ; Le cerveau joyeux, par Sylvie Jonquères.
Crédits photos : Dilara Dogar, JJ Jordan, Ivan Vi, Brakou Abdelghani, Daniil Kondrashin.
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Véronique Salman
Psychanalyste
Autrice
Conférencière et TEDx speaker
Coach spécialiste en expressivité/éditorial
Consultante en recrutement-profilage
Enseignante

Consultations :
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