Être l’aîné(e) de sa famille n’est jamais facile, plus encore si on entend sans arrêt ces phrases…
Avec Véronique Salman, psychanalyste et autrice de « Je me libère du passé, comprendre ses erreurs pour ne plus les répéter » (éd. du Dauphin)

Être l’aîné d’une famille n’est pas une mince affaire, c’est un rôle qui prend même parfois des allures de devoir. Dès l’arrivée d’un cadet, plus d’insouciance et de droit à l’erreur. Sans crier gare, les responsabilités pleuvent et deviennent partie intégrante de votre enfant.Fini la belle vie d’enfant unique, désormais il faut sans cesse faire preuve de sagesse, de patience, de tempérance, montrer l’exemple, partager, faire des concessions, gérer ses émotions. Si ce changement radical peut être déjà assez traumatisant pour votre enfant, il est des phrases qui peuvent encore plus cristalliser ce mal-être et qu’il vaudrait mieux éviter de prononcer pour vous assurer une fratrie unie et épanouie.

« Ta petite sœur est plus mature que toi »

C’est une phrase qui peut engendrer des effets très néfastes non seulement sur votre aîné(e) mais sur tous les enfants pris à parti. Au lieu d’instaurer un esprit de coopération collective, vous créez une compétition malsaine entre enfants, pourtant censés être dans le même camp. La comparaison ainsi établie produira inévitablement un sentiment de dévalorisation durable chez les uns et une culpabilité chez les autres. Votre attitude pourrait même provoquer un sentiment de domination persistant chez l’enfant qui a été privilégié. Enfin, cette façon brutale de stigmatiser un enfant engendrera chez lui un sentiment hostile vis-à-vis d’autrui, bien après l’enfance. C’est ainsi, en effet, que la relation à l’Autre peut s’altérer définitivement, faisant de lui un danger potentiel plutôt qu’un recours possible. Aucun intérêt.

« C’est ton rôle de t’assurer que ton petit frère est heureux »

Cette phrase est l’essence même de ce qu’on appelle « le phénomène d’adultisation » ou de « parentalisation » d’un enfant, par délégation du pouvoir d’autorité. En clair, soit vous chercheriez à accélérer le processus de développement de l’enfant pour qu’il s’autonomise et devienne moins une charge pour ses parents, soit vous voudriez qu’il assume des responsabilités (notamment émotionnelles) pour vous soutenir. Et peut-être même les deux à la fois ! Votre enfant, même dans son rôle de grand frère/grande sœur, reste un enfant et ne peut jouer le rôle d’auxiliaire parental. Il ne peut pas être tenu responsable du bonheur de quiconque, même pas du sien jusqu’à un certain âge. Imposer une telle charge à votre aîné(e), en plus d’être injuste, peut mener à des situations de grande anxiété.

« Ta petite sœur est plus jeune, elle a besoin de plus d’attention que toi »

Peu importe l’âge de votre aîné(e) et la différence d’âge entre vos deux enfants. Ils sont tous deux vos enfants et méritent donc toute votre attention. Indiquer à votre aîné(e) qu’il doit refreiner son besoin de vous parce qu’il est plus grand et qu’il y a plus jeune que lui envoie plusieurs messages : à partir d’un certain âge, il ne pourrait plus compter sur votre soutien mais, pire encore, il ne serait (plus) votre priorité dès lors qu’un nouvel enfant a fait son entrée dans la famille. Il se sentira inévitablement relégué. Certains adultes continuent d’en payer chèrement le prix, à souffrir d’un sentiment de rejet ou d’abandon très ancien. Les parents doivent pouvoir intégrer les demandes d’attention de chaque enfant, comme s’ils avaient plusieurs enfants uniques.

« Arrête de te disputer avec ton petit frère, tu es plus âgé comporte toi en tant que tel »

Se disputer, pour des enfants, c’est entrer en fusion. Une fusion dite conflictuelle. Elle sert de mode de communication aux deux. Il est donc important de les séparer et d’impliquer l’adulte en arbitre neutre d’un conflit néfaste à la relation. Ainsi, l’apprentissage de la notion d’une relation sans conflit sera bien plus utile qu’un sermon sur l’âge de l’aîné. Peu importe son âge, ses frustrations sont aussi valides que celles de son cadet. Avec « tu es plus âgé comporte toi en tant que tel » on se retrouve aussi dans le phénomène d’adultisation et ses effets néfastes. Un tel discours peut ensuite mener un enfant à ne plus exprimer ce qu’il ressent et garder tout pour lui. Ce comportement risque de devenir problématique pour lui mais aussi son entourage.

« Tu es assez grand pour te débrouiller seul, je dois m’occuper de ta petite sœur »

Ici, dans la tonalité de cette phrase, la charge du parent est perceptible, comme si les enfants constituaient un poids, une contrainte, pour leurs figures d’attachement. Mieux vaut dire : « tu vois, là, je vais m’occuper de ta petite sœur, parce qu’elle en a besoin. Je m’occupe d’elle avec autant de soin que je me suis occupée de toi quand tu avais son âge ». Rappelons à nos enfants que nous n’instaurons aucune différenciation de traitement entre eux. De plus, cette terrible phrase induit que l’aîné ne parvient pas encore à se débrouiller seul, contrairement à ce qui serait attendu de lui. Sans forcément le vouloir, vous indiquez à votre enfant qu’il est en retard, qu’il n’est pas capable et que ce n’est pas normal !

L’article de Magic Maman est à consulter sur le site Internet du magazine.
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