Les vacances approchent, et avec elles ressurgit un rituel bien connu des familles françaises : l’achat du traditionnel cahier de vacances. Bien plus qu’un simple outil pédagogique, ce carnet coloré et illustré en dit long sur notre rapport collectif à l’apprentissage, à la réussite… et à nos propres peurs.
Derrière cet acte apparemment anodin se cache parfois une forme de panique parentale. Celle de voir son enfant « décrocher », perdre le fil, ne pas être « au niveau » en septembre. Une inquiétude qui, bien souvent, illustre l’angoisse de son échec scolaire ou un risque de déclassement social. La valeur travail s’inscrit aussi, dans ce cadre, comme l’apprentissage d’une discipline.
En consultation, je rencontre régulièrement des adultes qui, enfants, ont appris que l’amour de leurs parents pouvait être conditionné à leurs performance scolaires. Pendant que l’enfant pense à gagner son intérêt, le parent espère de bons résultats pour se rassurer lui-même de sa compétence parentale. Souvent, une confusion se crée entre être bon élève et avoir de bonnes notes. Une confusion parfois difficile à lever.
Une fois adultes, ils offrent un cahier de vacances à leur progéniture dans un grand élan de réparation inconsciente. « Chacun son tour », entends-je assez souvent.
Souvent, d’ailleurs, ces parents tombent dans le piège d’une reproduction malsaine, à imposer un rythme effréné de révisions alors qu’ils en ont eux-mêmes soufferts dans leur enfance. J’ai en tête de nombreux exemples de parents scolairement tyranniques après l’avoir tant subi. Ces illustrations d’un schéma répétitif, que j’ai appelé la « Trilogie inconsciente » (je souffre, je normalise et je reproduis), sont très symptomatiques d’une complète occultation de cet élément traumatique de leur propre enfance.
Mais l’enfant, lui, que comprend-il ? Il est souvent traversé par une double exigence : se reposer et continuer à performer. Il s’exécute pour faire plaisir ou par peur de décevoir, sans toujours saisir le sens de cet apprentissage hors contexte. Le risque ? Que l’école déborde sur tout, jusqu’à envahir l’espace-temps censé être préservé pendant les congés.
Faut-il imposer les cahiers de vacances ? Je dirais que proposer suffit, dans le même esprit que celui qui consiste à s’acheter des mots fléchés et des Sudokus pour aller à la plage. Les vacances sont une respiration nécessaire et la scolarité peut continuer d’une manière plus aérée, ludique, partagée avec des adultes alors plus disponibles.
Emporter dans ses valises un peu d’école, c’est aussi permettre de maintenir une stimulation intellectuelle et l’on peut faire confiance en la pédagogie des cahiers de vacances, très étudiée, pour que les enfants aient beaucoup moins leurs parents sur le dos pendant les vacances. Incitation cérébrale sans oppression, voilà la bonne combinaison à garder même à la rentrée !
Et si nous faisions le pari que l’intelligence de nos enfants se cultive aussi dans l’espace laissé libre ? Accompagner un enfant dans sa scolarité ne veut pas dire contrôler. Offrir du temps, de la confiance et un peu de lâcher-prise, c’est aussi les aider à bien grandir.
